Titre: Sur le Tiqqunisme : La Torah (1) et première anecdote personnelle
Auteur·e: Un anarchiste
Date: 2023
Source: <underworldclearinghouse.noblogs.org/post/2023/11/14/on-tiqqunism-definitive-best-edition>
Notes: Première partie d'une large critique dirigée envers les positions de Tiqqun et des appelistes par un anarchiste.

We have to hate with intelligence and love with intelligence.

— Marge Piercy, City of Darkness, City of Light, 1996

I : La Torah

En février 1999, une revue intitulée Tiqqun a paru en France. Son sous-titre était Organe conscient du Parti Imaginaire, suivi de Exercices de Métaphysique Critique. Elle a été publiée par plusieurs étudiants de troisième cycle à Paris, qui ont tous inscrit leur nom dans les données de publication à la dernière page de Tiqqun.

Dans un effort de transparence (ou de non-opacité), je vais maintenant reproduire tous ces noms. Le comité de rédaction est répertorié comme suit : Julien Boudart, Fulvia Carnevale, Julien Coupat, Junius Frey, Joel Gayraud, Stephan Hottner (qui était également directeur de la publication) et Remy Ricordeau. Certains prétendront peut-être que je viole la culture de la sécurité, ou que de je viole la sécurité opérationnelle, ou quelque chose du genre, mais en termes absolument transparents, je ne fais que reproduire une partie d'un document publié depuis longtemps. Les auteurs de Tiqqun voulaient que le public sache qui ils étaient, et il n'est que juste d'honorer leurs souhaits.

Aucun des articles de Tiqqun n'est attribué à un auteur individuel, et tous sont présumés être des textes collectifs, bien que j'y reviendrai plus tard. Le premier article de la revue est en réalité plutôt un poème en prose intitulé « Eh bien, la guerre ! », et comme la plupart des poésies, il est vague et évocateur. Le Spectacle des Situationnistes y est immédiatement assimilé aux Qliphoth, l'Arbre de la Mort dans la tradition mystique juive, ce qui donne à l'ensemble du texte une aura gnostique qui persiste d'une couverture à l'autre.

En introduisant leur projet, les auteurs expliquent que ce monde n'est pas adéquatement décrit parce qu'il n'est pas adéquatement con réciproquement. Nous ne cherchons pas un savoir qui rende compte d'un état de fait, mais qui les-crée. La critique ne doit redouter ni la pesanteur des fondements, ni la grâce des cons. L'époque est furieusement métaphysique, qui travaille sans répit à l'oublier.

Certaines suggestions sont très claires : Quittez le navire, non parce qu'il coule, mais pour le faire couler. D'autres sont plus nébuleuses : Dans un monde de mensonge, le mensonge ne peut être vaincu par son contraire, mais uniquement par un monde de vérité. La suggestion finale est la plus importante, à mon avis, et il serait bon de s'en souvenir au fil de votre lecture : L'intelligence doit devenir une affaire collective. Après cela, les auteurs terminent leur poème en prose par une citation du mathématicien Ludwig Wittgenstein, une phrase pensée pour la première fois dans les tranchées de la Première Guerre mondiale : And the rest is silence. Ce poème est daté de Venise, en Italie, le 15 janvier 1999, et est suivi du dessin d'une machine de guerre en forme de dragon.

Une fois établi que leur machine de guerre consistera à générer une intelligence collective, les auteurs se lancent dans un lourd texte philosophique nommé « Qu'est-ce que la métaphysique critique ? ». Sans trop ouvrir ce panier de crabes, je peux affirmer sans risque que les auteurs soutiennent que le capitalisme (ou la domination, ou le Spectacle) est en fait métaphysique, étant donné que sa force repose en grande partie sur l'adhésion subjective et semi-religieuse de ses sujets, et que pour contester cette tyrannie, les auteurs introduisent la métaphysique critique.

Dans l'une des définitions les plus claires, ils écrivent : La Métaphysique Critique se donne à quiconque prend à coeur de vivre es yeux ouverts, ce qui ne réclame en fin de compte qu'une obstination particulière que l'on a coutume de faire passer pour de la démence. Car la Métaphysique Critique est la rage à un tel degré d'accumulation qu'elle devient regard. Dans un développement situé plus loin de cette cosmologie dont ils soutiennent avec insistance qu'ils ne l'ont pas inventée, les auteurs écrivent : La métaphysique marchande n'est pas une métaphysique parmi tant d'autres, elle est la métaphysique qui nie toute métaphysique et d'abord elle-même comme métaphysique. C'est pourquoi elle est aussi, d'entre toutes, la métaphysique la plus nulle, celle qui voudrait sincèrement se faire passer pour un simple physique.

C'est dans ce même article que les auteurs insèrent la reproduction photographique de leur premier graffiti, probablement taggué sur ce mur par un ou plusieurs membres du collectif. On peut y lire « briguez l'éternité ! », et peut-être que cela a un lien avec ce qu'ils décrivent comme l'insurrection à venir de l'Esprit. L'article est parsemé de nombreuses citations de philosophes européens et semble être une tentative de pousser au désespoir leurs camarades étudiants de troisième cycle pour les inciter à la rébellion ouverte contre le capitalisme. Cependant, malgré sa densité absolue, l'article aborde de nombreux concepts qui occuperont une place centrale dans les articles suivants : le Bloom, la Jeune-Fille et le Parti Imaginaire.

À titre d'exemple, les auteurs déclarent courageusement : on combat soit pour le Spectacle, soit pour le Parti Imaginaire ; entre les deux, il n'y a rien. Tous ceux qui peuvent s'accommoder d'une société qui s'accommode si bien de l'inhumanité, tous ceux qui se trouvent déjà bien bons de faire à leur propre souffrance comme à celle de leurs semblables l'aumône de leur indifférence, tous ceux qui parlent du désastre comme s'il s'agissait d'un nouveau marché aux débouchés prometteurs – ne sont pas nos frères. Nous tenons leur mort pour un fait souhaitable.

À mon avis, c'est le pire article de la revue, mais d'une certaine manière le plus fédérateur. Si vous avez l'intention de lire réellement cette mythique revue Tiqqun, il est peut-être préférable de lire « Qu'est-ce que la métaphysique critique ? » en dernier, étant donné que la majeure partie n'aura que peu de sens sans savoir ce qu'est une Jeune-Fille ou qui est le Parti Imaginaire. Malgré ces inconvénients, l'article présente des photographies des interventions publiques du collectif Tiqqun, comme un sermon sur la place de la Sorbonne à Paris le 15 mai 1998 et le déploiement d'une banderole sur la plage d'Arcachon le 11 juillet 1998, une banderole sur laquelle on peut lire : Vous allez mourir, et vos pauvres vacances n'y peuvent rien.

Sous cette photographie se trouve la brève description généraliser l'inquiétude, qui fait le lien avec le passage suivant : La Métaphysique Critique n'a pas vocation à procurer aux hommes une espèce nouvelle et raffinée de consolation. Bien plutôt, son mot d'ordre est de GENERALISER L'INQUIETUDE. La Métaphysique Critique est elle-même cette inquiétude qui ne se laisse plus concevoir comme faiblesse, ou comme vulnérabilité, mais comme ce dont toute force émane. Des paroles courageuses, c'est sûr, et il faut attendre encore 100 pages pour que les auteurs expliquent à quoi se réfère directement chacune de ces photographies, étant donné que les descriptions de ces interventions se trouvent à la fin de la revue. En tout cas, les premières pages montrent clairement que ces auteurs ont réellement fait des choses dans la réalité, qu'il s'agisse de graffitis ou d'interventions choc. Le monde universitaire place la barre incroyablement bas en ce qui concerne l'action, ce qui a immédiatement distingué les auteurs de leurs pairs, tout cela fait penser aux Situationnistes autour de 1968.

L'article suivant de la revue, « Théorie du Bloom », est essentiellement une description du citoyen neutralisé du capitalisme moderne, parsemée de nouvelles citations de philosophes d'Europe occidentale et de nouvelles photos de graffitis (L'aliénation à ton visage). Plus important encore, il révèle comment les auteurs, avec le plus grand sérieux, vont créer un tout nouveau concept philosophique (le Bloom) et le greffer sur notre réalité vécue. Le Bloom est neutralisé, c'est une marchandise vivante, et quand le Bloom craque, il s'en prend souvent à tout ce qui l'entoure, sans conscience. Le Bloom peut transcender sa condition de Bloom, et en développant une conscience, il peut potentiellement rejoindre les rangs du Parti Imaginaire, mais j'y reviendrai plus tard.

La version de la « Théorie du Bloom » publiée dans le premier volume de Tiqqun est différente de la version finalement publiée sous forme de livre en 2000, un autre sujet sur lequel on reviendra. Les liens entre le Bloom, le Parti Imaginaire et le Comité Invisible ne sont pas aussi marqués dans la version de la revue, et l'article suivant, « Phénoménologie de la vie quotidienne », est simplement une courte réflexion philosophique des auteurs sur une interaction dans une boulangerie. Les auteurs ne sont dans la boulangerie que pour utiliser de la monnaie afin de réaliser une transaction financière, et pourtant ils sont vivants, les auteurs et l'employé de la boulangerie, tous des êtres humains aux profondeurs infinies, mais ils ne font rien ensemble si ce n'est échanger des jetons de monnaie. Ce moment est présenté comme un effondrement existentiel survenant vers la fin des années 1990, alors que le capitalisme néolibéral approchait de son zénith.

C'est à cette époque que les auteurs composent l'article suivant, « Thèses sur le Parti Imaginaire », et de tous les articles, celui-ci est le plus important, et le plus ignoré. Il avance que toutes les actions anti-étatiques, tous les vols, toute la criminalité, etc., sont l'œuvre du Parti Imaginaire. Non seulement ce Parti n'a pas de direction centrale, mais il ne pourra jamais être dirigé par quiconque. C'est un réseau inconscient et grouillant, qui sape l'autorité de l'État à chaque instant, et au sein de ce réseau mondial souterrain se trouvent des polarités conscientes, des partisans du Parti Imaginaire qui ont choisi de donner à leurs actions une consistance éthique.

Comme les auteurs écrivent : Tous ceux qui, aimant la vérité mais certainement pas la même vérité, s'entendent pour ravager le despotisme de la dérisoire métaphysique marchande, se rallient au Parti Imaginaire. Mais le mouvement par lequel l'unité se produit est aussi celui par lequel les différences se posent et se figent. Chaque communauté particulière, dans sa lutte contre l'universalité vide de la marchandise, se reconnaît peu à peu comme particulière et s'élève à la conscience de sa particularité, c'est-à-dire qu'elle appréhende son reflet et se médiatise par l'universel.

À mon avis, l'essentiel de ce que j'apprécie dans Tiqqun se trouve dans cet article, et je reste perplexe quant à la façon dont les prétendus tiqqunistes semblent avoir rejeté les idées qu'il contient, mais c'est un sujet pour la fin de cet article, lorsque d'autres pièces du puzzle auront été alignées. Pour l'instant, qu'il soit clair que rien de ce qui a été résumé jusqu'ici ne prétend être anarchiste ou écrit d'un point de vue anarchiste, et outre de nombreuses citations de philosophes européens, la figure la plus souvent citée est Marx. Néanmoins, les auteurs se distinguent de la plupart des autres démagogues marxistes en incluant une image de leur graffiti dans l'article « Thèses sur le Parti Imaginaire », celle-ci montrant un illetré en train d'effacer leur œuvre qui disait : LA DESTRUCTION RAJEUNIT.

En parlant du loup, ces satanés anarchistes sont bientôt mentionnés dans l'article suivant, « Le silence et son au-delà », évoqués positivement lorsqu'ils réagissent à un meurtre d'État en saccageant Turin et en déclarant, en l'espace d'une heure, que la vie dans cette ville de mort ne sera plus jamais la même, et que c'est de leur faute. Ce que les auteurs de Tiqqun trouvaient si prometteur, c'était le silence évocateur des anarchistes turinois lorsqu'ils lancèrent la destruction de la ville de mort. Selon les auteurs, ce silence, ce détachement, cet engagement envers la destruction sont des choses auxquelles il faut aspirer, et en concluant l'article, ils déclarent qu'il ne doit pas rester pierre sur pierre de ce monde ennemi.

L'article suivant est extrêmement universitaire, mais aussi extrêmement basique. Il s'intitule « De l'économie considérée comme magie noire : une critique métaphysique ». Dans ce long article, les auteurs utilisent le langage anthropologique moderne pour affirmer que le capitalisme est en fait l'ultime société primitive, que les rituels de Wall Street ne sont que de la magie noire, et que le système tout entier doit être détruit. Sur une photo illustrant un autre exemple de leur graffiti, les auteurs déclarent : LE MANA FUIT, RÉINVENTONS LA MAGIE.

À la fin de l'article, il y a un graphique que j'apprécie toujours beaucoup, représentant un trader de la bourse de Francfort faisant des signes occultes de la main avec la légende : À BAS LA MAGIE NOIRE !

Et nous en arrivons maintenant aux redoutés « Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille », peut-être l'article le plus controversé, et qui, de tous, a le plus souffert de l'accusation d'avoir été écrit par des hommes, et uniquement des hommes. D'une manière ou d'une autre, le nom de Fulvia Carnevale a échappé aux yeux des critiques scrupuleux, tout comme ils n'ont pas vu la nature hautement visuelle de l'article tel qu'il a été imprimé dans le premier volume de Tiqqun. Il se trouve que Fulvia Carnevale est une artiste plasticienne, et il semble fort peu probable qu'elle n'ait rien eu à voir avec la création de ce texte éminemment visuel.

Quoi qu'il en soit, le texte articule une critique cinglante et glaciale de ce que nous appelons aujourd'hui le féminisme néolibéral, arrivant peu après la fin de la première saison de Sex and the City, un moment fort de cette époque et un vrai exemple de texte écrit par des hommes. Sans conteste, c'est ce qui a suscité le plus de controverses, tout en faisant perdre partiellement la tête à son traducteur en langue anglaise (hélas, une autre histoire pour plus tard). Il a été accusé d'être antiféministe, écrit par des hommes, misogyne, et d'autres adjectifs, mais la Jeune-Fille est clairement identifiée comme pouvant être de n'importe quel genre, du moins au sein du texte, et de manière similaire au ridicule Bloom, la Jeune-Fille est simplement leur raccourci pour désigner une personne intérieurement colonisée par l'économie sexuelle de l'ordre néolibéral.

Alors si vous êtes intrigué, s'il vous plaît, allez-y et lisez-le gratuitement sur internet. L'article suivant vient équilibrer un peu les choses, intitulé « Hommes-machines, mode d'emploi », et pose un regard masculin sur les thèmes introduits dans les « Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille », en abordant des sujets comme le Viagra en relation avec l'économie sexuelle du néolibéralisme. Gardez à l'esprit que tout cela se passait à une époque où les sites de rencontre sur internet étaient réservés aux personnes âgées, où les jeunes se rencontraient encore dans la vraie vie sans médiation numérique, et où l'instrumentalisation cybernétique de la sexualité n'avait pas atteint les proportions épiques des années 2020. À bien des égards, les thèmes abordés dans ces articles restent d'actualité, mais les auteurs changent rapidement de contenu avec l'article suivant.

Dans leur « Les métaphysiciens-critiques sous le mouvement des chômeurs », les auteurs décrivent leur intervention au sein d'une initiative prétendument de gauche visant à remettre les gens au travail, et fournissent une reproduction de certains documents de propagande qu'ils ont distribués. En gros, ils critiquent le fait de réinsérer les chômeurs dans l'économie capitaliste et suggèrent autre chose, une autre option. Au lieu de trouver un emploi, les chômeurs devraient prendre ce dont ils ont besoin et détruire l'économie capitaliste, etc. Plutôt basique, mais généralement accepté par la plupart des anarchistes.

Après ça, les auteurs concluent leur revue par « Quelques actions d'éclat du Parti Imaginaire », un recueil de divers incidents qui révèlent des éruptions de Blooms au sein de la mer du Parti Imaginaire, ainsi que des efforts plus conscients, tels que les sermons publics des auteurs, dont l'un s'adresse aux ravers de la fin des années 1990, les informant qu'ils ont été robotisés dans un mécanisme de contrôle cybernétique présidé par le capital. Ensuite, ils se concentrent sur un Bloom qui a commis une tuerie de masse en 1998, s'attardent sur divers autres partis et acteurs, et révèlent finalement une constellation d'actes violents cachés sous la prétendue paix de l'ordre néolibéral. Après un dernier éreintement du célèbre auteur français Michel Houellebecq, les auteurs concluent leur revue par la photo de trois filles de la classe ouvrière fixant l'objectif dans un quartier en briques.

Première anecdote

Je suppose que vous avez peut-être besoin d'une pause après toutes ces citations religieuses, tout comme vous avez peut-être besoin de savoir qui je suis avant de lire la suite. Dans cette optique, je vais maintenant vous raconter une anecdote personnelle, l'une des nombreuses qui viendront ponctuer cette chronologie biblique et, je l'espère, apporter la clarté nécessaire.

Un jour, j'ai marché plus de seize kilomètres pour atteindre ce petit village du centre de la France, bien que j'aie pu faire du stop avec quelques paysans pour le reste du trajet. J'avais littéralement un bâton de marche à la main et je portais une capuche sombre lorsque je suis arrivé à l'épicerie générale, dont les vitres étaient pleines de buée et où un groupe de personnes était en train de manger. Pour faire court, l'équipe m'a logé dans une maison en pierre à quelques collines de là, puis ils m'ont installé dans l'appartement situé au-dessus de l'école du village. J'y ai mené une vie plutôt agréable, en aidant sur des projets, en mangeant de la très bonne nourriture et en ayant des conversations intéressantes, mais on ne m'a pas demandé une seule fois de rejoindre leur organisation secrète. Au lieu de cela, ils m'ont donné un colocataire dans l'école, un autre type de passage comme moi qui voulait absolument offrir sa main-d'œuvre pour leur projet de moulin communal.

Je dirais simplement que le gars avait de grosses attitudes de flic. Il n'était pas venu en stop comme moi, il était venu en voiture. Mon français était horrible, son anglais était horrible, et pourtant il a quand même réussi à aborder le sujet du 11 septembre pour me demander mon avis sur l'attentat. Le jour, il les aidait bien pour le moulin, mais la nuit, je devais dormir au bout du couloir par rapport à ce type, alors c'était l'enfer pour moi. La veille de son départ, j'ai dîné avec lui et le futur maire du village (longue histoire), en mangeant une nourriture paysanne française bien fade qui avait besoin de beaucoup de moutarde, ce dont on ne manquait pas. Je n'arrêtais pas de fixer mon hôte quand le soi-disant flic ne regardait pas, essayant de lui communiquer : pourquoi diable me fais-tu subir ça ? Est-ce que je pose le genre de questions que ce type te pose ? Est-ce que je fais partie de ton putain de petit test ? Puis j'ai reçu un regard en retour, discret mais visuellement opaque, comme pour dire : c'est peut-être lui qui t'a suivi jusqu'ici, pauvre abruti.

J'ai réfléchi à ça tout en finissant ma viande trop cuite et mes pommes de terre sans épices, et j'ai alors réalisé à quel point leur démarche avait été judicieuse. Une fois qu'il a été parti, ils m'ont tous interrogé sur son comportement, ce que je leur ai raconté. C'est un monde bien singulier dans lequel nous vivons, et avant de revenir à mon récit religieux, je veux m'adresser directement aux acteurs malveillants qui ont lu jusqu'ici. J'espère que vous comprenez maintenant dans quel genre de piège vous venez de tomber, du moins les contours de sa forme. Pour tous les autres qui veulent simplement donner un sens à ce que signifie tout ce tiqqunisme, continuez à lire pour obtenir la plus grande et la plus savoureuse clarté que vos yeux aient jamais contemplée.