Émile Pouget

Raffineuses de La Villette

1892

Les casseuses de sucre ont de l’allure, nom de dieu !

Dès que les ouvrières du bagne Sommier ont eut lâché le turbin, les copines des autres usines se sont foutues en grève — illico par solidarité.

C’est chouette, cré pétard !

Ça change un peu de l’avachissement des bons bougres.

Et on le dit dans le quartier, nom de dieu ! Tous applaudissent les casseuses de sucre, en ajoutant : « elles donnent l’exemple aux hommes ! »

Déjà, elles se sont tamponnées avec les sergots ; elles ont griffé les grands galapiats des brigades centrales, et si elles ne leur ont pas arraché les quinquets, — c’est pas faute d’envie !

Turellement, les flicards ont cogné comme des vaches qu’ils sont, et plusieurs bonnes bougresses ont salement étrenné. Y en a même une tripotée qui ont été foutues au clou.

Aussi, les bons bougres de la Villette commencent à s’indigner. Et si les roussins ne se foutent pas à faire patte de velours, les bouchers pourraient bien leur caresser l’échine de riche façon.

Et dame, quand les louchebem foutent leur grain de sel quelque part, ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère.

Pour ce qui est de la grève elle-même, j’ai bien peur que les pauvrettes ne soient roulées dans les grands prix.

Elles réclament contre les amendes qu’on leur fout à tire-larigot ; elles veulent en outre quelques centimes d’augmentation.

Une bricole de rien, nom de dieu ! Les patrons pourraient caner sans qu’il leur en coûte presque rien. Mais ces salauds-là ne veulent rien savoir, ils n’épargneront à leurs ouvrières aucune salopise.

Et il en sera de même dans toutes les grèves où on voudra discutailler avec les exploiteurs. Tandis qu'il ne devrait être question que de leur botter le cul et de les foutre à la porte de l'usine.


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Numéro du Père Peinard en date du 25 septembre 1892 publié sur Wikisource.