#title Pourquoi un journal ? #author Colères #date mai 1978 #source extrait le 18 juillet 2026 de [[http://www.archivesautonomies.org/IMG/pdf/feminisme/Coleres/Colere-n00.pdf][Archives autonomie]] #lang fr #pubdate 2026-07-18T20:54:18 #topics anarcha-féminisme, anarchisme en France, féminisme en France, Françoise Giroud, Gisèle Halimi, féminisme réformiste, vss, trotskisme #keywords Colères #notes Publication anarcha-féministe importante des années 1970 ; ici son numéro 0. Il importe de préciser pourquoi nous faisons un journal, et comment nous nous situons par rapport au mouvement des femmes, les deux questions étant liées. On trouve en France en ce moment une pléthore de publications féministes ; alors quel est notre projet : un journal de plus dans le grand concert, discordant parfois, des voix féministes ? Ce n'est pas notre intention. La presse féministe reflète ce qu'est devenu le mouvement : on y trouve le féminisme intégré et récupérateur (F comme femme) le féminisme détaché de toute lutte, monopolisé par les intellectuelles du mouvement, qui parlent, écrivent sur/pour les femmes, et quelques reliquats de la main-mise des groupuscules gauchistes sur le mouvement des femmes. Mais nous pensons que cette presse ne reflète pas totalement ce qu'il est convenu d'appeler le "mouvement des femmes" ; en effet, si comme il est dit plus haut, cette presse correspond au fait que l'expression "officielle" du mouvement des femmes est tenue en main par les intellectuelles (venues pour la plupart du ou au maoïsme), la réalité de ce mouvement est autre. Dans beaucoup de groupes femmes on constate qu'une sensibilité libertaire existe, se développe ; de ce courant pas ou peu d'expression. Nous souhaitons que ce journal soit une tribune, un outil pour l'expression de cette sensibilité libertaire qui va croissant, un lieu de débat pour celles qui luttent pour leur autonomie, et aussi pour l'abolition de toute hiérarchie, de tout pouvoir. Nous nous définissons comme libertaires, c'est à dire que pour nous il n'est pas question - il n'est pas possible non plus - d'adopter une attitude qui consisterait à faire passer une "ligne politique" quelconque, comme cela s'est produit dans les groupes femmes crées par des militantes des organisations gauchistes (trotskystes ou particulier). Trop souvent dans ces cas le groupe femme n'était qu'un moyen de faire passer dans un secteur de plus, la ligne d'une organisation. Cette conception est radicalement opposée à celle d'un groupe femme libertaire. Nous ne nous reconnaissons donc pas dans l'expression actuelle du mouvement des femmes. Si nous ne nous sommes pas exprimées plus tôt, c'est que la culpabilité de briser la "solidarité féminine" nous a enfermées dans le silence. La culpabilisation fait partie de la domination, nous ne voulons plus de ces rapports. Nous ne nous reconnaissons pas dans un mouvement qui demande les Assises pour les violeurs ; notre lutte pour la libération passe par la lutte contre toute institution répressive et patriarcale, et non par le renforcement de celle-ci. Nous ne nous reconnaissons pas non plus dans un féminisme restrictif, qui, au nom de la lutte pour abolir notre condition d'opprimée, nous enferme dans notre condition de femme ; nous en avons marre de l'éternel antagonisme politique/féminisme, comme quoi, la politique ayant toujours été jusque là la "chose" des mecs - l'accès des femmes n'y était possible qu'en reproduisant les comportements masculins - les féministes ont désinvesti ce terrain (excepté les assoiffées de pouvoir comme Giroud ou Halimi, mais nous ne parlons pas ici de la politique parlementaire), au lieu de se le réapproprier ... autrement. Il nous reste donc beaucoup à inventer. Ce journal pourrait être un lieu de débats, d'échange d'expériences et d'initiatives de toutes celles qui se reconnaissent dans cette recherche. des femmes libertaires